Brutalités policières contre les journalistes à Kisangani : OLPA interpelle le Vice-premier ministre

Dans une lettre adressée au Vice-Premier Ministre, Ministre de l’Intérieur, Sécurité et Affaires coutumières, avec ampliation au Premier ministre, OLPA interpelle ce dernier sur les brutalités policières enregistrées dans la dernière quinzaine du mois de juillet à Kisangani, chef-lieu de la province de Tshopo (au nord-Est du Congo). L’organisation l’invite à instruire les services de  son ministère à prendre des mesures pour la protection des journalistes et de leur matériel lors des rassemblements populaires.

Ci-dessous l’intégralité de la correspondance            

Kinshasa, le 5 août 2020

N/Réf : 190/CE/JAKM 08/20

Transmis copie pour information :

A son Excellence Monsieur le Premier Ministre à Kinshasa/Gombe

A son Excellence Monsieur le Vice-Premier Ministre,             Ministre de l’Intérieur, Sécurité et Affaires coutumières àKinshasa/Lingwala

 Excellence,

Concerne : protestation

Le Comité exécutif de l’Observatoire de la Liberté de la Presse en Afrique (OLPA), organisation non gouvernementale de défense et de promotion de la liberté d’information basée à Kinshasa, a l’honneur de venir par la présente auprès de votre autorité pour ce repris en concerne.

En effet, OLPA proteste vigoureusement contre la brutalité policière vécue par des journalistes à Kisangani, chef-lieu de la province de Tshopo, le 28 juillet 2020.

Pour votre gouverne, Delphin Bitumba, Jason Lohose, Jean Claude Funde, Justin Lifoli, Patrick Mangala, Pepe Lisungi, Pompon Beyokobana, et Trésor Botamba respectivement journalistes aux stations privées de radios et télévisions Canal Congo Télévision (CCTV), Radio télévision numérique Boyoma (RTNB), Radio Force des médias télévision (RFM TV), Organisation pour la protection de l’environnement et de développement (OPED FM), Radio Flambeau de l’orient (RFO) et Mwangaza FM toutes émettant à Kisangani, ont été molestés, le 28 juillet 2020 par des éléments de la Police nationale congolaise (PNC/Kisangani), au carrefour du stade entre les communes de Makiso et Tshopo. Il en est aussi  de Sebastien Mulamba et Steve Tisseron respectivement éditeur du journal Kisangani news et journaliste du média en ligne Kis 24.info tous basés à Kisangani.

Les éléments de PNC/Kisangani ont dispersé violemment les journalistes précités alors qu’ils voulaient effectuer leur reportage sur un rassemblement organisé par un regroupement des mouvements citoyens locaux dénommé « Collectif Tshopo Telema » qui exigeait la démission de M. Walle Lufungula, gouverneur de la province de Tshopo. Plusieurs d’entre eux s’en sont sortis avec des lésions corporelles après des tirs du gaz lacrymogène et à balle. Leur matériel de travail (camera, cartes de service, téléphones…) a été gravement endommagé et perdu.

En outre, Henri Likoko, éditeur du journal Publi-Kis paraissant à Kisangani, a été interpellé le 27 juillet 2020, par un groupe d’agents de PNC/Kisangani sur ordre de M. Jean Ntongo, ministre provincial de l’Intérieur, au moment où il se trouvait dans une bureautique entrain de rédiger un article sur le rassemblement du « Collectif Tshopo Telema ». Le journaliste a été conduit manu militari au Parquet général de Kisangani où il a été entendu sur procès-verbal par un magistrat qui l’a inculpé d’outrage à l’autorité, puis immédiatement transféré à la prison centrale de Kisangani. Il a recouvré sa liberté, le 30 juillet 2020, après payement d’une caution de 40.000  Francs congolais.

Excellence,

Lors de la 34ème session ordinaire du Conseil des ministres du 3 juillet 2020,  son Excellence Monsieur le Président de la République avait fait part aux membres du Gouvernement de sa vive préoccupation au sujet de certaines mesures attentatoires aux libertés individuelles et collectives. Ce, du fait de certains exécutifs provinciaux allant de la fermeture des médias, d’arrestations arbitraires en violation de la loi. Le Chef de l’Etat avait demandé sans délai que toutes mesures liberticides soient rapportées au risque, pour les contrevenants, de s’exposer aux poursuites pénales. Le fait d’incarcérer un journaliste et d’infliger de mauvais traitements à plusieurs autres, est de nature à enfreindre l’instruction du Chef de l’Etat évoquée précédemment.

Ces actes constituent des atteintes graves à la liberté de la presse garantie par la loi congolaise et les instruments juridiques internationaux relatifs aux droits humains dûment ratifiés par la République démocratique du Congo.

Par conséquent, OLPA vous exhorte de bien vouloir instruire les services de votre Ministère à prendre des mesures qui s’imposent pour assurer la protection des journalistes et de leur matériel lors des rassemblements populaires.

Le Comité exécutif de l’OLPA reste convaincu que vous ne ménagerez aucun effort pour décourager les pratiques liberticides déplorées ci-haut en diligentant une enquête interne pour élucider les circonstances dans lesquelles les journalistes de Kisangani ont été victimes de la brutalité policière. Et les coupables devraient subir des sanctions disciplinaires et/ou pénales.

Dans l’attente d’une suite à la présente, veuillez agréer, Excellence, l’expression de nos sentiments patriotiques.

Pour le Comité exécutif

KABONGO MBUYI

Secrétaire Exécutif

C.I : -A son Excellence monsieur le Ministre d’Etat à la Communication & Médias

–  A son Excellence monsieur le Ministre des Droits humains

– A Monsieur le Président du bureau du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication (CSAC).

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