Journée internationale de la liberté de presse : La presse de « Matonge » à l’école de l’éthique et de la déontologie professionnelle

L’Observatoire de la Liberté de la Presse en Afrique (OLPA) a organisé une matinée déontologique à l’intention des éditeurs de la presse dite de « Matonge ». Une activité qui a eu lieu le 2 mai 2018 à la salle la Principauté du quartier Matonge, dans la commune de Kalamu. Cette manifestation s’inscrit dans le cadre de la commémoration de la journée internationale de la liberté de la presse.

Dans son mot d’introduction, le modérateur du jour Kabongo Mbuyi qui est en même temps secrétaire exécutif de l’OLPA a rappelé que la Matinée déontologique se tient à la veille de la commémoration de la journée internationale de la liberté de presse et de la  célébration du 14ème anniversaire d’existence de l’OLPA qui a vu le jour le 3 mai 2004. Il a expliqué aux participants la terminologie « Presse dite de Matonge » laquelle fait allusion aux organes de presse écrite autre que les quotidiens paraissant à Kinshasa, mais dont les rédactions sont généralement situées au quartier Matonge dans la commune de Kalamu ou ses environs. Kabongo Mbuyi a remercié en passant la Fondation nationale de la démocratie (NED) dont l’appui matériel a rendu possible la tenue de cette matinée déontologique.

Les pratiques de la Presse de Matonge    

Trois principales interventions ont été enregistrées au cours de cette activité dont celle de M. Joël-Cadet Ndanga, éditeur de l’hebdomadaire Impact news. Il a axé sa communication sur le « Concept, historique, caractéristiques et pratiques de la presse dite de Matonge ». Il a indiqué que c’est grâce au vent de la démocratisation qui a soufflé sur la RDC, le 24 avril 1990, qu’il y a eu un foisonnement des médias congolais caractérisé par une floraison des titres des journaux et une ouverture de l’espace audiovisuel aux initiatives privés. La promulgation de la loi du 22 juin 1996 fixant les modalités d’exercice de la liberté de presse et l’avènement de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) ont contribué à la prolifération des médias, au mépris, aussi bien de la qualification des professionnels du secteur que de la qualité de l’information. En outre, le don d’un million de dollars américains offerts par l’ancien président Laurent-Désiré Kabila aux patrons de presse en 1998 a permis à certains anciens collaborateurs des anciens journaux de voler de leurs propres ailes. L’orateur a indiqué que M. Albert Bosange peut être considéré comme le patriarche et le fondateur de ce qu’on a appelé « la presse de Matonge ».

Cette presse est caractérisée par plusieurs éléments dont le courage et le goût du risque, les critiques et les éloges sans informations, un comité mono rédactionnel et mono gestionnaire, une presse sans siège social, un journalisme basé sur le chantage et les menaces.   Parmi les mauvaises pratiques de cette presse, il a énuméré entre autres la pratique dite « Etchoubelé », le plagiat facturé, la trahison des sources, les droits de réponse et de réplique dans un journal non considéré par la querelle, publication en retard ou refus de publier une communication préalablement payée, multiplication des titres appartenant à une seule personne ou à un même éditeur, etc. « Ces pratiques ont avili la presse de Matonge et beaucoup des mandataires ne font plus confiance à ces medias. Ainsi, est-il impossible qu’ils s’épanouissent dans un pays sans économie stable et sans annonceur sérieux », a-t-il fait remarquer. L’orateur a, dans sa conclusion, appelé les participants à cette activité au respect de l’éthique et de la déontologie pour que cette presse mérite le respect des lecteurs.

 Retour aux valeurs

De son côté, M. Georges-Jérémie Wawa, professeur à l’Institut Facultaire des Sciences de l’Information et de la Communication (IFASIC) a jeté un « Regard critique sur la presse dite de Matonge et le respect de l’éthique et de la déontologie professionnelle ». Selon lui, la critique renvoie à ce qui correspond à un seuil. La pratique professionnelle de la presse dite de Matonge semble être en deçà du seuil de l’éthique et de la déontologie. Georges-Jérémie Wawa a différencié l’éthique de la déontologie. L’éthique est une réflexion sur les valeurs qui orientent et motivent nos actions. Cette réflexion s’intéresse à nos rapports avec autrui, pour le cas de la presse, cette réflexion est axée sur le rapport entre les éditeurs des journaux, les journalistes et les autres membres de la société congolaise. La déontologie désigne l’ensemble des devoirs et des obligations qui s’imposent dans la pratique professionnelle. Comme les règles de droit, les règles déontologiques s’appliquent de manière identique à tous les membres du groupe, dans toutes les situations de pratique. Il a invité les éditeurs des journaux de Matonge à rester attachés aux règles du Corps représenté par l’Union nationale de la presse du Congo (UNPC). Avant de conclure, il a expliqué de façon détaillée les devoirs des journalistes contenus dans le Code d’éthique et de déontologie de 2004.

Privilège des poursuites

Me Godefroid Kabongo Nzengu, avocat au Barreau de Kinshasa/Gombe, est intervenu sur « la jurisprudence congolaise en matière de la presse écrite et la nécessité d’améliorer le cadre légal de la presse écrite en RDC». Il a indiqué que la jurisprudence est l’ensemble des décisions prises par les Cours et Tribunaux dans une matière déterminée. Donc, des faits qui ont été portés à la connaissance du juge. Parmi les faits qui sont les plus souvent soumis au juge en ce qui concerne la presse écrite, Godefroid Kabongo a énuméré les affaires sur l’infraction d’outrage au Chef de l’Etat, un délit qui exige une plainte préalable de la victime alors que dans la pratique le Ministère public se saisit d’office. Il a aussi rappelé que le responsable de l’hebdomadaire le Journal a été poursuivi pour trahison pour avoir publié le message d’un groupe rebelle rwandais. Un autre média de Goma a été poursuivi pour intelligence  avec une puissance ennemie. Les médias sont souvent jugés pour trouble à l’ordre public. Une terminologie difficile à définir et laisser à la volonté de César. Quelques cas d’atteintes aux bonnes mœurs ont été soumis à la censure du CSAC. « Les annonces sur des films pornographiques peuvent être considérées comme des incitations à la débauche, de même la publicité de certaines boissons sont prohibées à certaines conditions », a-t-i souligné. 90% des délits commis par la presse  portent atteinte au droit d’autrui ou à la vie privée. D’où, l’infraction d’imputations dommageables. Parlant de l’amélioration du cadre légal, Godefroid Kabongo a suggère qu’on tienne compte du droit à l’information, de l’exception de vérité et de la saisine préalable du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication (CSAC). Il a appelé tous les journalistes à vulgariser l’information selon laquelle ils sont bénéficiaires du privilège de poursuite conformément à la loi organique sur le CSAC.

 

Département de l’information publique

 

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