Journée nationale de la presse : OLPA sensibilise les journalistes kinois sur leurs droits sociaux

Les journalistes congolais ont célébré la journée nationale de la presse, le 22 juillet 2020. A cette occasion, l’Observatoire de la Liberté de la Presse en Afrique (OLPA) a organisé une table ronde autour du thème : la syndicalisation des journalistes et le droit à la grève. Une trentaine des professionnels de la presse de Kinshasa a pris part à cette rencontre.

Souhaitant la bienvenue aux participants, Nathalie-Trésor Mukundi, chercheure à OLPA, a souligné le fait que les journalistes sont considérés comme des porte-voix canalisant les desiderata de différentes couches de la société vers les décideurs politiques, économiques ou sociaux. Elle a fustigé le fait pour les journalistes de commenter abondamment la situation sociale des fonctionnaires de l’Etat ou des autres catégories des métiers sans évoquer leur propre situation salariale. Elle a rappelé les remous sociaux observés dans le secteur des médias entre février et avril 2019, exhortant les participants à faire le bilan de toutes ces actions pour l’amélioration du social du journaliste congolais. La Chercheure de l’OLPA a aussi remercié la Fondation nationale pour la démocratie (NED) pour son appui à cette table ronde.

Trois communications ont été enregistrées au cours de cette activité. De prime abord, M. Joseph Boucard Kasonga Tshilunde, président national de l’Union nationale de la presse du Congo (UNPC) s’est penché sur la problématique du contrat de travail dans les entreprises de presse en RDC. Il a souligné l’importance du contrat de travail devant lier les journalistes à leurs employeurs, rappelant en passant les efforts antérieurs menés par l’UNPC avec l’ONG Gret pour convaincre les patrons de presse de la RDC à se conformer à cet exercice. Le président de l’UNPC a rappelé les avantages pour un journaliste de détenir sa carte de presse pour bénéficier de différents privilèges comme cela a été le cas dans le passé. Il a indiqué avoir apporté son soutien aux journalistes grévistes de 2019 qui réclamaient leurs arriérés de salaires de plusieurs mois. Certains ont été payés avant de prendre la décision de quitter les organes de presse où ils travaillaient. Parlant du modèle de syndicalisme, il a rappelé qu’aucun journaliste congolais n’est actuellement syndiqué. « Créons d’abord les syndicats des journalistes ou redynamisons ce qui existe avant de comparer avec ce qui se passe ailleurs », a-t-il répondu à une préoccupation d’un participant. Il a également déploré le manque des capacités managériales dans le chef de plusieurs patrons de presse, ce qui les empêche de maximiser des recettes pour pouvoir améliorer la situation sociale de leurs journalistes. De son côté, Claude Pero Luwara, journaliste et responsable de CPL Télévision a fait état des lieux des conditions socio-professionnelles des journalistes après le mouvement de grève de 2019. Il a expliqué sa vision du syndicalisme journalistique. Selon lui, il s’agit d’une association des journalistes qui se regroupe pour défendre les intérêts de la profession. Pour arriver à réussir dans le combat de syndicalisme journalistique, les journalistes doivent être jaloux de la profession qu’ils exercent. Il a ajouté qu’il est difficile de réussir le syndicalisme  journalistique lorsqu’on se trouve en face des patrons de presse sans cœur ni âme. Il a témoigné des difficultés endurées en 2019 pour convaincre les responsables de Digital Congo télévision à améliorer le vécu quotidien des journalistes, déplorant en passant le manque de solidarité de certains journalistes qui fragilise l’élan syndical. Dressant le bilan des remous sociaux des journalistes en 2019, il a indiqué qu’il est négatif car plusieurs journalistes ont été trahis par leurs confrères, d’autres n’ont pas recouvré leurs droits ou ont été licenciés abusivement. Il a enfin insisté sur la réforme du cadre légal sur la presse en RDC pour une bonne définition de la fonction et du statut du journaliste. Me Jean-Claude Syallo, avocat au Barreau de Kinshasa/Matete est intervenu sur le thème : les médias face au droit à la grève : ce que dit le code de travail   Selon lui, le sujet devrait être reformulé de la manière suivante : les journalistes peuvent-ils déclencher un mouvement de grève ? Il a indiqué que les journalistes ont des droits et libertés, et doivent  en faire usage. Ce praticien du droit a indiqué que le journaliste qui travaille sans avoir signé le contrat de travail est réputé avoir été engagé pour une durée indéterminée après 21 jours de prestation. Le contrat de travail peut être verbal ou écrit. En ce qui concerne la syndicalisation dans les médias, il a expliqué qu’à partir de 10 employés, ceux-ci peuvent se désigner un représentant pour amorcer des discussions avec un patron de presse. C’est à partir de 20 employés qu’on mette sur pied un syndicat. Il a indiqué que les journalistes qui ont signé un contrat de travail sont seuls habilités à pouvoir se syndiquer et éventuellement à aller en grève. Le droit à la grève répond à certaines conditions pour éviter qu’elle ne soit qualifiée de sauvage. Il a enfin exhorté les journalistes à s’organiser pour arriver à créer un syndicat. « Il n’est pas bon qu’un journaliste se fasse recruter dans un média sans avoir signé un contrat, car il ne saura pas mieux se défendre ou se syndiquer », a-t-il martelé. Il a conseillé les journalistes qui sont en désaccord avec leur employeur à ne pas négliger la voie judiciaire qui est aussi porteuse de solution.  Plusieurs recommandations ont été faites par les participants : accélérer le processus de réforme de la loi fixant modalités d’exercice de la liberté de presse et la loi portant statut des journalistes, rappeler au gouvernement son obligation d’aide directe et indirecte à la presse, assainir la profession journalistique depuis l’avènement de la télévision numérique terrestre, améliorer les conditions socio-professionnelles des journalistes par la signature des contrats de travail, responsabiliser les patrons de presse car les journalistes ne sont pas des agents de marketing,… Des brevets ont été remis aux participants à cette table ronde.

Département de l’Information publique    

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